Nos armées inconscientes

Inconscient, armée chinoise et psychanalysePeut-être êtes-vous allés visiter ce lieu si particulier qu’est le mausolée du premier empereur de Chine , Qin Shi Huang, entouré de son armée de statues découvertes par des villageois qui creusaient un puits. La vision de ces personnages d’argile à peine sorties de leur gangue de glaise fait résonner en moi une sensation toute particulière, comme un certain malaise.
En effet si ce mausolée chinois est bien exceptionnel dans le monde, n’est-il pas beaucoup plus couramment présent en chacun de nous? N’avons-nous pas un “mausolée” que nous chérissons, une armée de vieux personnages et qui perdent leur visage avec le temps, des bataillons de croyances qui hantent nos inconscient, nos actions, nos vies?

 

A nos choix inconscients

En effet ces revenants de terre me rappellent ces ancêtres qui viennent parfois hanter nos inconscients, qu’ils soient collectifs ou individuels. Armés jusqu’aux dents, pour beaucoup vêtus de solides armures, ces régiments d’argile témoignent dans leur réalité physique de la persistances de ces armées ancestrales et impalpables. Ces fantômes de nos esprit ont construit des croyances qui se sont souvent imposées à nous. Et ces dernières viennent parfois empêtrer nos vies d’actes manqués et de décisions qui peuvent être destructrices et qui nous conduisent de manière récurrente sur des routes que nous aurions bien aimé éviter.

Un peu d’air frais sur nos croyances inconscientes

Mais savez-vous que ces personnages d’argile, qui gardent fidèlement depuis des siècles le mausolée du premier empereur de Chine, s’écaillent à la lumière? Le vernis qui les recouvre commence à se craqueler à l’air libre au bout parfois de quinze secondes et il faut bien du talent et du métier aux archéologues pour parvenir à les conserver une fois déterrées. Finalement ces armées ne sont durables qu’en restant enterrées. Dès qu’on les sort de leur écrin de glèbe, elle commencent à être vaincues, ne serait-ce simplement que par un souffle d’air ambiant.
Est-ce que ce n’est pas le cas aussi des régiments de croyances qui nous habitent. Le fait simplement parfois de les mettre au jour en les verbalisant permet déjà d’en triompher un peu. Un peu d’air libre et de soleil et les voici qui s’abiment.
Bien sûr il faut parfois bien plus de quinze secondes pour les atteindre durablement mais le résultat est là; rien ne fait plus peur à ces bataillons ancestraux que de les regarder en face en pleine lumière et à l’air libre.

Alors si au détour d’une étape de votre vie vous creusez un puits pour trouver un peu d’eau fraiche et que vous tombez sur quelques anciennes croyances, ne remettez pas la terre par-dessus parce que c’est là, bien enterrées qu’elles seront les plus vivantes.

 

Texte de David-Etienne Barbe, Praticien en psychothérapie et Psychanalyste du site Psyenligne.org